dimanche 27 septembre 2015

Coupe du monde de rugby

Si je m'attarde un peu sur le thème anglais, c'est que j'ai encore sur le cœur une partie de rugby, à Colombes, en 1952 je crois, où l'Angleterre nous a battus par six à trois. En réalité nous fûmes battus par l'arbitre qui était britannique et je n'en démordrai pas parce qu'il n'y a aucune raison pour que je me résigne en silence au verdict d'un juge anglais.

lundi 31 août 2015

Fournitures scolaires

Cahier de brouillons
C'est le plus gros des cahiers, le plus sympathique, le plus confidentiel, le plus affectueusement mal tenu. En fin d'année, il prend volontiers des allures de sublime témoin glorieux et perclus des campagnes scolaires. L'ennui est qu'il faut l'acheter neuf et qu'il ne prendra qu'à la longue son caractère brouillon. On admet très bien l'état neuf pour le cahier de textes ou d'histoire et l'élève le plus dissipé, le plus gâcheur, sera tout naturellement gêné par ces feuillets virginaux qu'il abordera d'une plume respectueuse, au moins pendant les deux premières pages. Mais la première page d'un cahier de brouillons, c'est une autre épreuve ; il faut vaincre cette fausse candeur d'un papier blanc qui ne rêve, en réalité, que des pires outrages. Le mieux c'est de l'attaquer d'emblée avec trois pâtés, une douzaine de lignes raturées, une caricature outrancière et un de ces graffiti abstrait où la plume libère toutes les richesses de l'inconscient pendant que le cerveau fonctionne sur les cimes. Malgré cela, vous n'aurez pas encore une vraie page de brouillon, elle trahira le convenu et la supercherie, vous n'aurez fait qu'un faux brouillon comme le peintre fabrique un faux primitif et ce n'est qu'à la fin du trimestre que le cahier commencera de justifier son nom avec ses belles pages échevelées, tantôt fougueuses et tantôt rêveuses, avec les bavures du génie à l'état brut, les ratures primesautières, les taches émouvantes comme d'héroïques ecchymoses, les arabesques hermétiques et ces profils extravagants qui ne peuvent éclore qu'entre deux contre-sens. Je m'étonne que l'Université, où la mode est aux tests, n'ait pas encore institué l'examen psychanalytique des cahiers de brouillon.

Protège-cahiers
Je les ai toujours tenus en estime jusqu'au jour où un maître fit couvrir nos protège-cahiers avec du papier bleu. Le prestige du protège-cahier en fut ruiné. A cet âge, on a l'imagination rapide et, en un clin d'oeil, j'ai entrevu l'impossibilité humaine de mettre un frein à l'obsession protectrice ; j'ai compris que la protection des cahiers pouvait conduire au vertige de l'infini et que Dieu seul détenait la notion du protège-cahier-en-soi, au fin bout de la série indéfiniment tutélaire des protège-cahiers à la puissance n.

Plumiers
Cette boîte parallélépipédique était souvent de cuir bouilli ou de carton-pâte, vernie noire à l'intérieur avec, sur le couvercle, un sujet colorié qui décidait de notre choix : cyclistes en maillots rayés ou petits bateaux de pêche. Les cancres optaient volontiers pour les cyclistes, et les bons élèves pour les petits bateaux. Dans les plumiers à cyclistes, on trouvait souvent du poil-à-gratter, des amorces, un petit pistolet à pomme de terre et un bout de zan soudé au vernis. Le porte-plume neuf, acheté pour la rentrée, était souvent choisi de forme rationnelle, parfois même avec l'emplacement idéal des doigts selon le dernier mot de la pédagogie hygiénique. Il fallait environ huit jours de succion amère pour débarrasser l'extrémité d'un porte-plume neuf de son vernis et lui donner cette consistance fibreuse et attendrie qui favorise la salivation, entretient le rêve et délie l'imagination.
Plumes, règles, etc...
La question plume était toujours l'occasion de laborieux tâtonnements et, jusqu'au jour où le stylo fut introduit dans les mœurs scolaires, je n'ai jamais pu me décider entre la sergent-major, la demi-molle, la tête-de-mort ou la baïonnette. Chacune avait ses vertus ; je n'étais plus le même garçon selon que j'écrivais avec une tête-de-mort ou une sergent-major, et vous devinez tout ce que la plume baïonnette, tordue comme la foudre, véritable aberration de l'industrie plumière, pouvait inspirer de divagations catastrophiques. Neuves ou encrassées, toutes mes plumes ont trouvé une noble fin dans le jeu qui consiste à introduire le bec de la plume dans la fente du pupitre pour en faire un projectile sournois ; c'est le principe de l'onagre, machine de guerre en usage chez les Romains.

jeudi 28 mai 2015

Réforme du collège

(...) Quelques années plus tard, le problème des études, mais à Lyon les bonnes écoles ne sont pas gratuites. Mal conseillés ils envoient le jeune César à Nantua dans une école de pauvres où le régime est celui d'une maison de force, le biribi de la pédagogie. Toutes les noirceurs que nous prêtons généreusement à cette époque, et souvent comme le stropiat se moque du bossu, ne sont quand même pas entièrement légendaires.

samedi 16 mai 2015

Le Corbusier à Pompidou

 Du 29 avril au 3 août le Centre Pompidou consacre une exposition à  l'architecte et urbaniste Charles-Edouard Jeanneret, dit LE CORBUSIER. Avant de vous y rendre, une petite mise en jambe s'impose.
 

La maison du fada

La maison marseillaise de M. Le Corbusier revient une fois de plus à la surface de l'actualité, et comme il s'agit d'un dada personnel je m'empresse de l'enfourcher. On ne parle jamais mieux que de ses dadas. Je suppose que la fameuse bâtisse, pour des raisons de finance ou de prestige, a eu besoin d'un petit coup de tambour ; elle a rappelé aux bonnes gens que ses appartements étaient soldés 3.500.000 et convoqué une sélection d'esprits distingués pour leur renouveler l'assurance qu'il s'agissait bien d'une expérience urbanissime, extraordinaire autant que prophétique.

jeudi 12 mars 2015

Commémoration du 19 mars 1962



Le colonel Boumediene est venu s'entretenir des événements avec El Guid. L'entrevue pouvait être assez délicate. En effet, il y a quelques jours encore, c'eut été le colonel vainqueur de la glorieuse armée française en visite chez le général vaincu. Aujourd'hui, c'est un peu différent. Boumediene est en droit de demander des explications : pourquoi la puissante armée de la République a-t-elle capitulé devant une bande de fellagas si les méprisables bataillons d'Israël devaient écraser, en deux jours, l'invincible armée du Prophète. Mais tout s'est très bien passé, vu la bonne éducation des interlocuteurs, vu aussi le célèbre magnétisme du Président fakir. Très détendu, il a pu annoncer au visiteur que le Sinaï, après Evian, serait consigné comme victoire dans le tome IV de ses Mémoires. Et préciser même qu'il se sentait de force à garder ses quatre-vingt-dix prisonniers personnels, quoique Nasser dut rendre les siens, au nombre de trois.